Dua Lipa, Elton John, Damon Albarn : plusieurs stars britanniques de la musique se mobilisent pour défendre le droit d’auteur face à l’IA
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Douze morceaux (presque) silencieux. Pour protester contre un projet du gouvernement britannique qui souhaite laisser les sociétés d’intelligence artificielle à utiliser des œuvres protégées par le droit d’auteur sans autorisation, plus d’un millier d’artistes ont sorti, mardi 25 février, un album composé d’enregistrements d’ambiance sonore de lieux et studios d’enregistrement vides. Baptisé Is This What You Want (Est-ce cela que vous voulez ?), les douze titres du projet, porté par Jamiroquai, The Clash, Billy Ocean ou Kate Bush, forment la phrase «le gouvernement britannique ne doit pas légaliser le vol au profit des sociétés d’intelligence artificielle».
Intelligence artificielle
«La proposition du gouvernement confierait gratuitement l’œuvre de toute une vie des musiciens du pays à des sociétés d’IA, permettant ainsi à ces entreprises d’exploiter le travail des musiciens pour les concurrencer», a dénoncé Ed Newton-Rex, musicien à l’origine de l’album. Le projet du gouvernement travailliste prévoit notamment d’appliquer «une exception au droit d’auteur» pour entraîner les modèles d’IA à des fins commerciales. Les entreprises développant ces modèles n’auraient ainsi plus besoin d’obtenir a priori l’autorisation des auteurs pour utiliser certains contenus. Les créateurs auraient toutefois la possibilité de «réserver leurs droits», pour s’opposer à l’utilisation de leurs œuvres pour entraîner une IA.
En parallèle, une trentaine d’auteurs et artistes, dont les chanteurs Elton John, Sting et Dua Lipa ou le prix Nobel de littérature Kazuo Ishiguro, ont publié mardi une lettre ouverte dans le journal The Times pour dénoncer une réforme «inutile et contreproductive». Et dans une rare initiative commune, les principaux titres de la presse britannique, The Daily Mail, The Sun, The Guardian, The Times, ou encore The Daily Telegraph, arboraient tous en Une mardi un message sur fond bleu : «Make it Fair» (Faites que cela soit juste). «Sans rémunération, nos industries créatives ne survivront tout simplement pas», a fait valoir la News Media Association, à l’origine de cette initiative. En octobre dernier, une pétition avait déjà été lancée par le chanteur Björn Ulvaeus, signé entre autres par Julianne Moore et le chanteur de Radiohead, Thom Yorke. Avertissant les entreprises d’IA que les utilisations gratuites des œuvres constituait «une menace majeure et injuste», elle a depuis dépassé les 47 500 signatures.
En lançant la consultation mi-décembre, le gouvernement travailliste avait défendu une réforme devant apporter «un meilleur contrôle» aux créateurs de contenus utilisés par les développeurs d’IA. «Je pense que nous devons être équilibrés, mais je crois également que nous avons une incroyable opportunité» avec l’IA, avait affirmé le Premier ministre Keir Starmer, devant une commission parlementaire en décembre. Selon les chiffres officiels, les industries créatives génèrent plus de 120 milliards de livres par an et emploient 2,4 millions de personnes dans le pays. Le gouvernement travailliste, qui espère faire du Royaume-Uni un «leader mondial» de l’IA, a annoncé mi-janvier un plan d’action visant à attirer les entreprises du secteur en leur laissant tester au Royaume-Uni leurs innovations avant toute régulation.
Au-delà du Royaume-Uni, le développement rapide de l’IA, dont beaucoup de modèles permettent désormais de générer dessins, images ou sons en s’inspirant parfois d’œuvres protégées par le droit d’auteur, inquiète les artistes du monde entier. Début février, 34 000 artistes français ont signé une tribune mettant en garde contre le pillage de leurs œuvres et réclamant des «solutions justes et pérennes». Des grèves pour réclamer des garde-fous en matière d’IA ont aussi perturbé Hollywood puis le secteur des jeux vidéo aux États-Unis depuis 2023, à l’initiative du syndicat des acteurs américains.
Libération