Bruxelles lance un plan visant à assouplir les exigences en matière de durabilité des entreprises et à réduire les coûts de 6,3 milliards d'euros
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Bruxelles lance un processus de simplification réglementaire, ou de déréglementation aux yeux des critiques, pour réduire les obstacles administratifs, en mettant l'accent sur les petites et moyennes entreprises. La Commission européenne a lancé mercredi son premier paquet Omnibus visant à assouplir les exigences en matière de reporting en matière de durabilité des entreprises et les règles de taxonomie de l'UE afin de réduire les coûts administratifs de 6,3 milliards d'euros par an et de mobiliser 50 milliards d'euros d'investissements publics et privés. Un paquet qui réduit de 80 % le nombre d’entreprises qui doivent rendre compte de leur responsabilité environnementale et diminue les amendes pour les entreprises qui n’atténuent pas leur impact sur la durabilité environnementale ou sociale.
L'objectif a été fixé par l'Exécutif communautaire lorsqu'il a défini, en janvier dernier, sa Boussole pour renforcer la compétitivité du bloc communautaire, dans le cadre de laquelle s'inscrit ce processus de simplification : réduire de 35 % la bureaucratie pour les PME. Le paquet Omnibus propose de retarder les obligations de reporting en matière de durabilité pour les entreprises et de réduire de 80 % la proportion d’entreprises qui doivent rendre compte de l’impact de leurs activités sur la durabilité environnementale, sociale et des risques .
Plus précisément, la Commission européenne a proposé de reporter de deux ans, à 2026 et 2027, les obligations de reporting en matière de durabilité des entreprises, tout en accordant aux États membres plus de temps pour transposer ce règlement dans leur législation nationale respective.
La proposition de mercredi affecte également la réglementation sur la diligence raisonnable, dans le but d'éviter que les PME soient soumises aux mêmes exigences que les grandes entreprises dont elles sont fournisseurs. Elle soulage la chaîne d’approvisionnement en excluant les petites entreprises de la fourniture d’informations sur leurs pratiques en matière de durabilité environnementale. L'examen exclura toutes les entreprises de moins de 1 000 salariés et réalisant un chiffre d'affaires annuel de 50 millions d'euros.
En outre, cela aura des répercussions sur les sanctions prévues par ce règlement. Jusqu'à présent, les entreprises pouvaient être confrontées à une amende d'au moins 5 % de leur chiffre d'affaires annuel mondial en cas de non-respect de cette réglementation, mais le paquet Omnibus ouvre la porte à une réduction des sanctions en supprimant ce seuil. De cette manière, les amendes pour les entreprises qui n’atténuent pas leur impact sur la durabilité environnementale ou sociale et sur les droits de l’homme sont réduites.
Dans ce segment, l’obligation pour les entreprises de résilier les contrats avec les fournisseurs qui violent les règles de diligence raisonnable disparaît, laissant plus de place à la résolution du problème.
La norme révisée de durabilité des entreprises comprend également une exception pour les entreprises de plus de 1 000 salariés et dont le chiffre d'affaires est inférieur à 450 millions d'euros, de sorte que les notifications sur la taxonomie seront volontaires.
En outre, la Commission européenne propose des modifications à la réglementation sur la taxonomie afin de simplifier de près de 70 % les exigences de soumission d’informations. En outre, il ajuste le Green Asset Ratio (GAR) utilisé par les banques sur leur exposition aux entreprises qui s'alignent sur la directive sur la durabilité des entreprises. Le projet de loi réduit également la portée de l’obligation de déclaration des dépenses d’exploitation. D'autre part, elle simplifie certains critères de « Do not significant harm » (DNSH), en relation avec la prévention de la contamination ou de la présence de substances chimiques.
Le carbone à la frontièreEn ce qui concerne le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, CBAM, Bruxelles propose de réduire de 90%, à 182.000 entreprises, le nombre d'importateurs européens qui seront obligés de payer des taxes lorsqu'ils importent des produits, comme l'acier ou le ciment, produits hors de l'UE en raison d'émissions plus élevées, en fixant le seuil pour qu'ils soient obligés de payer à 50 tonnes de CO2 par an.
Pour les importateurs encore soumis à ce mécanisme, les processus d’autorisation des déclarations , de calcul des émissions, d’obligations de reporting et de responsabilité financière seront simplifiés.
La proposition de l’exécutif européen n’a pas été exempte de controverses. La Commission européenne est sous le feu des critiques pour avoir lancé un processus qui, aux yeux de ses détracteurs les plus critiques, est une déréglementation et non une simplification réglementaire, comme le prétend l'exécutif communautaire. En outre, on craint toujours que ce processus conduise à un abaissement des normes environnementales et des exigences de durabilité des entreprises, perturbant ainsi les mesures prises dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe.
eleconomista